Comment transmettre les bonnes consignes à ses aidants pour minimiser les risques ?

03/04/2026

Le rôle des aidants : une présence précieuse, mais pas sans défis

Aujourd’hui, en France, plus de 11 millions de personnes soutiennent un proche en situation de perte d’autonomie, que ce soit pour des raisons liées à l’âge, à la maladie ou au handicap (source : Ministère des Solidarités et de la Santé). À Camors, comme ailleurs dans le Morbihan, cette solidarité est bien présente. Mais être aidant n’est pas inné. Pour accompagner efficacement un proche, il est nécessaire de disposer de repères clairs – surtout pour limiter les risques de malentendu, d’accident ou d’épuisement.

Que vous soyez aidé régulièrement ou ponctuellement, donner des consignes précises à vos aidants est essentiel. Cela les sécurise, vous protège, et améliore la qualité de la relation d’aide.

Pourquoi formuler des consignes précises à ses aidants ?

  • Prévenir les accidents domestiques et de santé.
  • Rendre l’aide plus efficace et sereine.
  • Respecter vos choix et habitudes de vie.
  • Limiter le stress pour chacun.

L’oubli de consignes simples multiplie les risques : on compte ainsi près de 2 millions de chutes annuelles chez les personnes âgées en France (Santé publique France), dont une majorité survient au domicile. Mauvaise gestion des traitements, usage inadapté d’un équipement, gestes inappropriés… Les exemples sont nombreux.

Comment organiser les consignes à donner ?

  • Structurer les informations par thèmes (santé, sécurité, alimentation, équipements…).
  • Privilégier des consignes écrites et visuelles (pictogrammes, listes affichées…).
  • Vérifier la bonne compréhension ensemble, en présence d’un professionnel si besoin.
  • Réactualiser régulièrement selon l’évolution de l’état de santé ou des habitudes.

L’ergothérapeute ou l’assistante sociale de secteur peuvent vous accompagner dans ce travail.

Quelles consignes concrètes transmettre ? Les domaines prioritaires

1. Sécurité à domicile : anticiper pour éviter les chutes et incidents

La prévention des accidents domestiques reste la priorité numéro un. Selon l’Assurance Maladie, 56% des accidents de la vie courante touchant les plus de 65 ans ont lieu à la maison, principalement dans la salle de bain et la cuisine.

  • Indiquer les zones à risque (tapis glissants, escaliers, seuils, objets électriques, médicaments).
  • Spécifier les équipements à utiliser ou non (marchepied, barres d’appui, détecteur de fumée, canne adaptée…).
  • Informer sur l’accès sécurisé aux produits dangereux (entretien, pharmacie, etc.).
  • Donner la consigne de toujours vous prévenir avant d’utiliser un nouvel appareil ou outil.

2. Gestion des traitements médicaux : rigueur et traçabilité

Il existe en France plus de 12 000 hospitalisations annuelles dues à une mauvaise prise de médicament chez les seniors (source : HAS). C’est dire l’importance d’être clair et précis !

  • Expliquer comment ranger et préparer les traitements (pilulier, horaires précis, qu’on n’attend pas d’être en rupture pour renouveler l’ordonnance).
  • Noter les allergies et contre-indications bien en vue.
  • Transmettre la liste des numéros utiles : médecin traitant, pharmacie, service d’urgence.
  • S’assurer que votre aidant signale tout effet inhabituel ou oubli de prise de médicament.

Astuce : faire une fiche médicament à coller dans la cuisine, révisée tous les mois.

3. Alimentation et hydratation : adapter les repas selon vos besoins

La dénutrition et la déshydratation concernent fréquemment les personnes âgées, notamment en perte d’autonomie : selon le Collectif de lutte contre la dénutrition, cela touche 2 millions de Français chaque année. De bonnes consignes peuvent éviter bien des soucis.

  • Donner vos habitudes et aversions alimentaires.
  • Préciser les textures autorisées si besoin (mixé, haché… après avis médical).
  • Indiquer la quantité d’eau à boire chaque jour et la meilleure façon de vous rappeler de boire.
  • Informer sur les régimes à respecter, les interdits médicaux, les préférences culturelles ou religieuses.

Le carnet alimentaire peut être un bon support partagé entre aidant et aidé.

4. Déplacements et transferts : prévenir l’accident tout en préservant l’autonomie

Selon la Commission de Sécurité des Consommateurs, 30% des chutes chez les personnes âgées surviennent lors des transferts (lit-fauteuil, marche, toilettes). Mieux vaut donner dès le départ les bonnes indications :

  • Montrer les façons de vous aider à vous lever ou à vous asseoir (appui possible, position du bras, besoin d’un temps d’adaptation, etc.).
  • Clarifier les équipements à disposition, leurs règles d’utilisation.
  • Préciser si vous souhaitez de l’aide, ou préférez essayer seul(e).
  • Informer sur les aides techniques (déambulateur, lève-personne) : où sont-elles rangées, quand s’en servir.

Des sessions avec un(e) kinésithérapeute ou un(e) ergothérapeute permettent aux aidants de se former aux gestes adaptés.

5. Réactions en cas d’urgence

Face à un accident ou un malaise, le premier réflexe compte. Pourtant un aidant sur deux avoue ne pas savoir exactement comment réagir (source : étude IFOP pour la Fondation April, 2022).

  • Lister les situations qui exigent d’appeler médecin ou SAMU (douleur thoracique, chute avec perte de connaissance, brûlure grave, etc.).
  • Mettre à disposition, près du téléphone, la liste des coordonnées d’urgence.
  • Préciser si vous avez facilement votre portable sur vous, ou comment vous joindre dehors.
  • Favoriser les téléalarmes : 15 % des plus de 75 ans en sont équipés en France (INSEE).

Mettre en place un “plan secours” discuté à l’avance change tout. Il peut comprendre la liste de voisins à prévenir, par exemple.

Ne pas négliger la relation aidant-aidé : la communication avant tout

Le respect de la dignité et de la vie privée fait partie intégrante des consignes. Trop souvent, les petits gestes intrusifs ou maladroits altèrent la confiance. Quelques points de vigilance essentiels :

  • Expliquer clairement ce que vous acceptez ou non (aide à l’habillage, toilette, gestion du courrier…).
  • Exprimer vos attentes et vos gênes, même minimes.
  • Faire relire ensemble les consignes régulièrement, pour vérifier qu’elles correspondent toujours à vos besoins réels.
  • Envisager l’appui d’un tiers neutre en cas de tensions (médiation familiale, élue sociale locale, etc.).

La relation d’aide ne doit pas effacer la relation affective ou amicale. Prendre soin de cette relation, c’est prévenir tensions et fatigues.

Confidentialité et respect de la vie privée : des points à poser clairement

L’entrée d’un aidant dans la sphère intime nécessite de clarifier :

  • Quelles données sont communicables à la famille, au médecin, à l’entourage ?
  • Que peut-on communiquer à d’autres professionnels (infirmière, portage de repas...)?
  • Que doit-on garder strictement privé ?

Astuce : remplir ensemble une fiche d’autorisation (ou d’interdiction) de communiquer certaines informations, et la ranger dans un classeur accessible, met tout le monde à l’aise.

Outils pratiques pour formaliser vos consignes

  • Le cahier de liaison : simple et efficace, il permet de noter tout changement ou question pour les aidants successifs.
  • Les pictogrammes : à coller sur les placards, médicaments ou équipements dangereux (des sites gratuits comme https://www.dessinemoiunehistoire.net/ proposent des pictos à imprimer).
  • Les fiches “mémo” : horaires, repas, liste des médicaments… Ce format synthétique aide à ne rien oublier.
  • L’application Territoire de Santé ou Mon Espace Santé pour regrouper de manière sécurisée les consignes et alertes en cas d’urgence.

Vous trouverez aussi à Camors et dans le canton plusieurs organismes qui peuvent vous aider à structurer vos besoins (CCAS, CLIC, associations d’aidants Morbihan, etc.).

Réflexion pour les aidants : un engagement qui évolue

Le rôle d’aidant ne s’improvise pas. Il se construit au fil du temps, des expériences, des formations. 31% des aidants familiaux admettent avoir connu un “burn out” (Baromètre Fondation April 2023). Poser des repères clairs, fixer le cadre dès le début, protège aussi l’aidant du surmenage.

  • S’inscrire à une formation aux gestes de premiers secours (Croix-Rouge, Udaf, MSA…)
  • Participer à des réunions d’échanges organisées par les associations locales.
  • Ne jamais hésiter à demander conseil à un professionnel de santé référent.

Limiter les risques, c’est avant tout une démarche partagée, faite de dialogue, de confiance, de respect – à la lumière d’un même objectif : permettre à chacun de vivre chez soi, le plus longtemps possible et dans les meilleures conditions.

Plus loin : ressources utiles pour aller au bout de votre démarche

  • Guide “Aidants, mode d’emploi” (Téléchargeable sur www.francealzheimer.org)
  • Plateforme téléphonique “360” : 0 800 360 360 (accompagnement de proximité pour aidés et aidants)
  • CLIC Ouest Morbihan : accompagnement individuel et collectif pour l’aide à domicile
  • Service Info-Seniors Morbihan : 02 97 06 60 12
  • Association Française des Aidants : www.aidants.fr

À Camors comme ailleurs, transmettre des consignes à ses aidants est un acte gagnant-gagnant. C’est se donner les moyens de vivre mieux chez soi, mais aussi d’alléger la tâche de celles et ceux qui sont à vos côtés. Le dialogue et la clarté sont les meilleurs alliés du “bel âge” en toute sécurité !