Limiter les chutes chez les seniors : la marche nordique, alliée insoupçonnée ?

21/03/2026

Pourquoi s’intéresser de près aux chutes chez les plus de 60 ans ?

Chaque année en France, on estime qu’une personne de plus de 65 ans sur trois fait au moins une chute1. Chez les plus de 80 ans, cela grimpe à une sur deux. Le Morbihan, où la part des seniors augmente chaque année, n’échappe pas à la règle. L’impact n’est pas anodin : une chute peut entraîner bien sûr des blessures physiques, parfois lourdes — fractures du col du fémur, de l’avant-bras ou du bassin —, mais aussi une perte de confiance, une réduction de l’autonomie, voire un « repli » sur soi, par peur de sortir. De nombreuses familles décrivent ce cercle vicieux : « Depuis qu’elle est tombée, maman n’ose plus aller faire ses courses seule ». A Camors, comme ailleurs, prévenir les chutes, c’est permettre à chacun de vivre le plus sereinement et longtemps possible chez soi.

Marche nordique : de quoi parle-t-on exactement ?

Née en Finlande dans les années 1970 pour l’entraînement des skieurs de fond l’été, la marche nordique est arrivée en France vers la fin des années 1990. Elle se distingue de la marche classique par l’utilisation de bâtons spécifiques, au rythme du pas. Le corps entier est sollicité. On trouve aujourd’hui plus de 600 clubs ou associations référencés par la Fédération Française d’Athlétisme2, parfois même dans de petites communes rurales. En Bretagne Sud, plusieurs clubs accueillent tous âges et niveaux, avec une prédominance de seniors. Pourquoi cet engouement ? Parce que la pratique combine activité conviviale, accès facile et bienfaits réels pour la santé.

  • Bâtons adaptés : en fibre de carbone ou aluminium, souvent vendus en magasin de sport ou prêtés lors de séances d’initiation.
  • Allure modérée : mais soutenue, à même de faire monter légèrement le rythme cardiaque sans épuiser.
  • Intégration progressive : séances d’une heure environ, souvent en groupe, en forêt, sur chemin ou en ville.

Marche nordique et prévention des chutes : sur quels fondements s’appuyer ?

Ce que disent les études scientifiques

Plusieurs travaux, en France et à l’international, ont examiné le lien entre marche nordique, équilibre et risque de chute. Le Conseil National des Activités Physiques et Sportives rappelle que « l’entraînement à la marche nordique améliore la force des membres inférieurs, l’équilibre postural et renforce la confiance en soi chez les seniors »3. Une étude de 2020 publiée dans « BMC Geriatrics » a comparé la marche nordique à la marche simple et au Tai Chi sur plus de 300 personnes de plus de 65 ans4. Les résultats sont clairs : après six mois de pratique bihebdomadaire, le groupe « marche nordique » comptait 22 % de chutes en moins par an que le groupe « marche classique », et presque autant que le groupe « Tai Chi » réputé pour ses vertus anti-chute. Derrière ces chiffres et recommandations se cachent trois mécanismes bien identifiés :

  1. Amélioration de l’équilibre : la marche nordique recrute tous les groupes musculaires sollicités pour maintenir l’équilibre. Les bâtons agissent comme un 3e et 4e point d’appui, rassurants au début, utiles si le sol est accidenté.
  2. Renforcement musculaire spécifique : mollets, cuisses, fessiers, mais aussi épaules, dos, sangle abdominale. Plus on est musclé, plus le corps compense vite un déséquilibre inopiné (trottoir bancal, petite glissade sur l’herbe, etc).
  3. Augmentation de la proprioception : c’est-à-dire la capacité à sentir et ajuster la position du corps grâce aux capteurs des muscles, tendons, articulations. Or, on sait que la perte de proprioception accélère avec l’âge et multiplie le risque de chute.

Effet sur la peur de chuter

Un autre bénéfice souvent peu évoqué : les personnes âgées ayant déjà chuté redoutent souvent de recommencer. Selon une enquête de Santé Publique France5, plus d’un tiers des seniors évitant certaines sorties ou gestes quotidiens après une première chute. La marche nordique, par son aspect collectif et le soutien moral du groupe, redonne confiance pour sortir de nouveau. La sensation de sécurité offerte par la prise en main des bâtons n’est pas qu’un gadget : elle libère, permet d’oser bouger, et brise l’isolement.

Le ressenti sur le terrain : ce que disent les pratiquants du Morbihan

A Locminé, comme à Camors ou Pluvigner, de petits groupes de marcheurs se retrouvent chaque semaine. Selon l’association « Bougeons en Morbihan », 60 % des nouveaux inscrits ont plus de 60 ans, et certains débutent à 75, voire 80 ans. Une enquête interne menée en 2023 (résultats non publiés, mais résumés lors d’une réunion de la Fédération Bretonne d’Education Physique) montrait que :

  • 83 % des seniors interrogés se sentent « plus sûrs d’eux » pour marcher seuls en dehors des séances régulières.
  • 51 % rapportent avoir amélioré leur équilibre perceptible au quotidien (monter un trottoir, porter des courses, etc).
  • Et près de 20 % affirment être parvenus à se remettre à escalader ou randonner, ce qu’ils n’osaient plus faire après une chute.

Ce qui ressort aussi des échanges sur le terrain :

  • La convivialité porte : la peur du regard s’efface, chacun avance à son rythme.
  • Un animateur diplômé propose parfois des petits exercices d’équilibre et de coordination en début ou fin de séance, pour travailler la progression.
  • L’utilisation des bâtons rassure particulièrement sur les sols humides (très fréquent en automne/hiver dans la forêt de Camors !)

Est-ce adapté à tous les âges ? Les principales précautions

  • Un avis médical préalable est conseillé, surtout en cas de soucis d’arthrose sévère, de pathologies cardiaques ou d’antécédents de chute grave.
  • Le matériel doit être adapté : des bâtons trop longs ou trop courts gênent la bonne posture et limitent les bénéfices.
  • Il est primordial de débuter par un encadrement professionnel ou associatif, afin d’apprendre les bons gestes (appui sur les bâtons, déroulement du pied, etc).
  • Ne jamais forcer si une douleur apparaît : le but n’est pas la performance, mais la progression douce.
  • Penser à bien s’hydrater, à se munir de chaussures avec une bonne accroche. En hiver, privilégiez les séances sur des parcours sûrs et dégagés.

Dans presque tous les cas, la pratique a été bien tolérée y compris chez les aînés de plus de 80 ans. Il existe quelques exceptions : personnes à mobilité très réduite, atteintes de certaines pathologies neurologiques graves (Parkinson très évolué, AVC récent…). Un professionnel de santé saura conseiller au cas par cas. L’Assurance Maladie et le Groupe de prévention des chutes de Bretagne saluent la marche nordique comme une des activités collectives les plus sûres pour les seniors, devant certaines formes de gymnastique intensive6.

Organisation locale : où pratiquer ?

  • Associations camoriennes : se rapprocher de la Mairie ou du CCAS pour obtenir la liste mise à jour (groupes de 5 à 12 personnes, sorties hebdomadaires).
  • Clubs FFRandonnée présents à Locminé, Auray, Pluvigner. Séances d’essai souvent gratuites.
  • Professionnels diplômés d’Etat : quelques éducateurs sportifs organisent des groupes spécifiques « prévention des chutes » avec bilan équilibre/marche offert lors de la première séance (coordonnées disponibles au CLIC de Grand-Champ).

Bon à savoir : la quasi-totalité de ces structures prête le matériel lors des premières séances. Pas besoin d’investir dès le départ.

Pistes pour s’engager progressivement

  • Démarrer par une séance test, observer son ressenti le lendemain (courbatures modérées, mieux vaut y aller doucement lors de la première prise en main).
  • Se fixer de petites sorties régulières (30 à 45 minutes) plutôt qu’une longue randonnée d’emblée.
  • Associer la marche nordique à d’autres exercices d’équilibre si possible : se tenir sur un pied deux fois par jour, ou marcher sur une ligne tracée au sol.
  • Impliquer un proche ou un ami, car la motivation vient souvent du collectif (et on n’ose parfois pas y aller seul).
  • Notez vos sensations, vos progrès, vos petits blocages. Les clubs aiment partager ces retours, et chacun progresse à son rythme.

Liens, sources et ressources à consulter

Favoriser l’équilibre, cultiver la confiance

La marche nordique coche toutes les cases : renforcement de l’équilibre, tonus musculaire, cohésion sociale, et surtout, confiance retrouvée jour après jour. Sur Camors et dans le Morbihan, les occasions ne manquent pas de se lancer, à son rythme, dans une pratique accessible — même à celles et ceux qui n’ont jamais été sportifs. Prévenir les chutes, c’est aussi se donner les moyens de rester actif, de profiter de son autonomie et de la richesse des chemins qui sillonnent notre région. Parlez-en autour de vous, osez franchir le pas : chaque petite avancée compte, pour soi et pour tous.